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Ulpiano Checa
Il était une fois les Pyrénées


Il était une fois les Pyrénées.

Vie quotidienne, usages

 

et coutumes

 

 

 

Au XIXe siècle, les Pyrénées inspirent de nombreux voyageurs, écrivains, et dessinateurs. La richesse  des sujets, des scènes de genre, des coutumes, des costumes permettent aux artistes de raconter la vie quotidienne des femmes et des hommes pyrénéens à travers de beaux albums lithographiques de Lagarrigue, Dartiguenave, Devéria, Maurice, Pingret Alophe, Marianne Colston, William Oliver.

Au début du XXe siècle, Maurice Journès pour les Hautes-Pyrénées, sculptent dans l’argile petits métiers, et scènes pittoresques d’autrefois.

Vestiges de ces temps anciens, objets, outils, vêtements et ustensiles d’usage populaire revivent à travers des récits.

Il était une fois un voyage dans le cœur des pyrénéens.

 

 

 

L'ARRIVEE DANS LES PYRENEES :

Madame De Juilly traverse les Pyrénées vers 1785 au grand trot de six chevaux, le maximum de vitesse pour l’époque. Elle écrit :

« Si on peut décrire un pays après l’avoir parcouru au grand trot de six chevaux qui vous entraînent et élèvent partout un nuage de poussière, je dirai que la route de Bordeaux à Bagnères est intéressante…La route qu’on trouve fatigante pour gagner le sommet du Tourmalet, est si rapide pour en descendre que les chevaux peuvent à peine se soutenir…un affreux orage commença vers la fin du jour et augmenta jusqu’à neuf heures. Les éclairs partaient à la fois  de tous les points de l’horizon et se succédaient avec une rapidité incroyable. Il nous restait encore une lieue à faire pour arriver au port de Lannes où est la poste, mais les chevaux, les postillons ne voulaient plus marcher, et je crois que nous le voulions encore moins qu’eux. On dit qu’après l’orage on voit venir le beau temps ; mais le lendemain, après l’orage et la pluie, nous ne vîmes venir que la pluie qui nous accompagna jusqu’à Bayonne. Les chemins sont mauvais, mal entretenus, ils détraquent les voitures, disloquent les voyageurs. Dieu le rende à l’intendant, si jamais il y passe ».

Extrait de : Voyage à Bagnères par Madame de Juilly, Bagnères-de-Bigorre, imprimeur Péré, Société Ramond.

 

 

 

  LA CHASSE

 

 

  LES GUIDES

  

 

TEXTE DU PRINCE DE LA MOSKOWA, ASCENCION DU VIGNEMALE,1842-Paris

« …Je montais le 30 juillet dernier le port de Gavarnie avec mon frère et trente chasseurs que nous avions réunis pour faire une battue à l’ours dans la forêt de Bujaruelo en Espagne, m’amusant à écouter les récits d’exploits ou d’aventures plus ou moins invraisemblables avec lesquels nos compagnons de voyage s’efforçaient de charmer les ennuis d’une ascension des plus rudes…Nous ne sommes pas sûrs de rencontrer l’ours  à Bujaruelo, me dit le vieux Cantouz, de Gèdres….Mais si vous voulez, je vous mènerai dans un pays que personne n’aura vu avant vous…à douze mille pieds au-dessus du niveau de la mer…Voulez-vous que je vous conduise au sommet du Vignemale ?

Nous regardâmes d’un air un peu narquois l’auteur de cette étrange proposition, car nous étions nourris des traditions des Pyrénées pour ne pas savoir que le Vignemale y est regardé comme inaccessible…Mais le front ridé du Gédrois, d’où coulait une abondante sueur, sous son bonnet de laine brune, ne manifesta aucun embarras, et à mon exclamation : mais, Cantouz voulez-vous donc nous casser le cou ?

Il répondit : Monsieur, je vous conduirai au sommet du Vignemale plus aisément que je ne le ferais au Mont-Perdu…

Le 10 août 1838, à 11 heures, nous étions en route pour le Vignemale, Vincent, le guide Cantouz, un chasseur de Luz, David mon domestique, et le conducteur d’un cheval de bât chargé  de couvertures et de provisions…

-Le voilà, cria Cantouz, se découvrant par respect devant sa conquête. Regardez cette pointe qui s’élève à peine derrière la neige…c’est le sommet de la montagne ! Voilà le pic où nous serons demain, avec la grâce de Dieu et de Notre-dame-de-Héas.

…En nous dirigeant vers la gauche de l’arc immense formé par les parois de l’amphithéâtre, nous atteignîmes bientôt le pied du grand glacier. Là eut une nouvelle halte, il fallut assujettir nos crampons, affermir et resserrer nos espadrilles, mêler enfin du rhum avec de l’eau et de la glace, et en emplir une bouteille pour notre goûter du sommet, car la chaleur était extrême, et nous ne devions plus désormais trouver d’eau. Alors commença la marche la plus fatigante et la plus monotone qu’on puisse imaginer, sur ces neiges dont la blancheur nous éblouissait. A mesure que nous nous élevions, elles présentaient une inclinaison plus rapide et une surface plus ferme. Chaque guide à son tour, marchant en tête, taillait dans la neige des degrés pour placer nos pieds. Nous avancions par file, les uns derrière les autres, et toujours en zigzag, revenant sur nos pas quand nous rencontrions le rocher, et nous élevant à peine au-dessus de l’horizon de dix mètres à chaque fois. Une ascension directe  eût été, d’ailleurs impraticable. Cette manière de procéder assurait au contraire notre équilibre, qu’il eût été fort dangereux de perdre, surtout dans la partie supérieure du glacier dont la croûte est si dure et la pente si raide. Grâce à nos bâtons ferrés et à nos crampons, ce trajet s’acheva sans accident, et nous revînmes sur le rocher qu’au moment où la glace, par l’angle de son inclinaison, nous sembla tout-à-fait inabordable. Nous avions marché sur la neige plus de deux heures un quart. Il est vrai qu’obligés de piocher continuellement, nos hommes étaient fatigués, et ne cheminaient que lentement. J’ai appris depuis, à mes dépens, que nous avions bien fait de nous donner le temps de prendre pied, et de n’avancer qu’avec circonspection. Il fallut, pour sortir de la neige, sauter une crevasse assez profonde, car le glacier n’adhère point exactement au rocher, à cause de la chaleur spécifique qui fait fondre la glace ; mais ce passage s’effectua sans difficulté. Je remarquai dans ce lieu avec surprise quelques mouches sur la neige : je sais que Ramond en a signalé au Mont-Perdu.

 

 LES COSTUMES

 

 

 

 

Par Monts et par Vaux, 1878

Voyage dans les Pyrénées

Par Garin et Goupil

 

COSTUME OSSALOIS :

Quant au costume qui tend de plus en plus à disparaître et qu’on voit les jours de fêtes seulement, ou sur le dos des guides des Eaux-Bonnes à qui il sert de réclame et d’enseigne ; il consiste pour les femmes, dans les vêtements ci-après :

« Elles portent sur la tête un capulet de drap écarlate doublé de soie de même couleur ; la pointe du capulet, un petit bonnet rond, de mousseline ou de toile, en forme de calotte retient les cheveux et s’attache sous le menton laissant passer par derrière de longues tresses qui tombent sur les épaules et sont serrées à l’extrémité par un petit galon doré ; la taille est serrée dans un joli corset ordinairement noir, mais dont le devant est revêtu de soie ou de velours de couleur ; sur le col repose un fichu de soie ou de mousseline peinte dont les pointes passent par-dessous le corset.

Deux jupes noires ou bleu foncé d’étoffe de laine couvrent la partie inférieure du corps, elles sont l’une et l’autre divisées en plis symétriques égaux et plats dans toute leur circonférence ; mais celle de dessus, est relevée à la hauteur des genoux et va s’agrafer derrière la taille. Enfin des bas blancs d’une laine fine se collent sur les jambes, et au lieu de suivre le pied dans le soulier, ils s’arrêtent au cou-de-pied et s’évasent au moyen d’une cannelure à côtes. » « Les femmes âgées n’ont pas cet élégant costume et remplacent  le capulet rouge par la cape de laine blanche à capuchon pointu. » On dit qu’en se mariant, l’Ossalois donne à sa fiancée un trousseau tellement complet, qu’elle y trouve même l’habit de veuve qu’elle devra revêtir s’il meurt le premier !

« Les jeunes gens portent un gilet veste écarlate ; en dessous, un gilet de molleton blanc, à larges revers qui laisse voir la chemise blanche plissée et serrée au col par trois petits boutons rapprochés ; une culotte courte de drap ordinairement brun ou même de velours noir ; avec des poches à revers garnis de galons dorés. Pour jarretières des cordons en soie de diverses couleurs terminés par des glands. Sur la chemise, une épingle à verroteries pendantes. Les cheveux coupés presque ras sur le devant de la tête flottent sur le col et sont accompagnés du béret béarnais brun. » Les pasteurs qui restent six mois de l’année sur la montagne portent la culotte courte, quelquefois longue, la veste brune et pour se garantir du froid, des injures de l’air marchent toujours avec une ample et chaude cape de laine blanche ou brune. Leurs pieds sont chaussés d’énormes sabots pointus dont l’extrémité se recourbe à l’imitation des sabots chinois et qui sont ornés de dessins formes par des clous de laiton. »

 

LE MARIAGE

 

 

André LASSERRE - 1981

Le vêtement féminin dans la vallée de Campan.

XVIIIè siècle et première moitié du XIXè siècle.

 

L'étude du vêtement passe avant tout par le dépouillement des contrats de mariage, très nombreux aux XVIIIè et XIXè siècles.

Les contrats ont pour but de répertorier les apports de chacun des futurs époux. Ainsi, parfois, le trousseau des filles est détaillé, beaucoup plus rarement celui des hommes.

Campan et les villages alentours étaient des hauts lieux de l'industrie textile. Vers 1800, ils employaient épisodiquement (en dehors des gros travaux des champs) 450 ouvriers et 6000 femmes, ce qui représentait l'équivalent du travail à plein temps de 120 ouvriers et de 1200 femmes. (P. LABOULINIERE - annuaire statistique du département des Hautes-Pyrénées, Tarbes, Imprimerie Lavigne - 1807). La production était, pour une bonne partie, utilisée localement. Aussi, les tissus fabriqués entraient-ils dans la confection des vêtements : cadis, burat, cordeillat, étamine, reverse, toile de lin...            Au XIXè siècle, cependant pénètrent des tissus "étrangers", réputés plus fins. Batiste, crépon, casimir, droguet, londrin, mousseline, mais les étoffes locales se maintiennent.

Les trousseaux ne sont guère détaillés que pour un groupe social bien défini, celui des paysans de la vallée. Mais ce groupe recouvre une grande variété de situations, depuis le riche propriétaire jusqu'au journalier. La quantité et la qualité des vêtements mentionnés s'en ressentent. Par ailleurs, le vêtement pris en compte, le seul que les contrats de mariage permettent d'appréhender correspond au vêtement du dimanche, de fête. Mais on peut penser  et les inventaires après décès confortent l'opinion  que le vêtement quotidien lui ressemble, en plus grossier ; que c'est souvent le même, mais usé, passé tout naturellement de la fête au travail. Ainsi, si le vêtement de la bourgeoisie de Bagnères, le vêtement quotidien, de maison, est tout à fait différent de la tenue de ville fortement influencée par la mode introduite par les curistes, faite pour flâner sur la promenade de Salut et non pour vaquer aux occupations de maîtresse de maison, vêtements de travail et vêtements de sortie des paysans de la Vallée, sont, au contraire identiques, même s'ils diffèrent en qualité.

Après la "libération" de la Révolution, si des tissus plus fins, étrangers, pénètrent le lieu, les formes restent identiques, en tout cas, fort voisines. Jamais, une fille de la vallée, une fille de paysans n'a porté de robe ajustée, suggestive dans la transparence d'un clair linon comme les aimaient les élégantes du Directoire ou du Consulat, n'a coiffé les grands chapeaux de la Restauration. On ne peut accuser la méconnaissance de la mode. Bagnères avec ses nombreux touristes est là, bien connu. On ne peut évoquer le manque d'argent ; certaines filles sont richement dotées.

Non le poids de la coutume s'exerce, la tradition, faite de fidélité aux générations passées, de solide bon sens, de souci de ne pas se singulariser ; mais aussi de contraintes, d'interdits. Ainsi, on s'habille selon "son état et sa condition, et la mention revient sur de nombreux contrats de mariage.

Ce n'est guère que vers le milieu du XIXè siècle que tend à se dessiner un glissement vers la mode commune : pénétration du fichu, du foulard, du "schal", autres formes du "mouchoir de col" ; les coiffes se font rares, remplacées par le "mouchoir"; la jupe supplante le cotillon, même forme, autre tenue : les chemises sont de fins tissus, corsets et jupons sont timidement annoncés ; le vêtement de mariage n'est pratiquement plus mentionné ; tissus et couleurs se diversifient. C'est l'annonce de la folklorisation, de la fossilisation du costume bigourdan, remisé dans les musées et les mémoires des grands-mères qui se souviennent …

 

LA DANSE

 

 Le costume traditionnel de la vallée du Haut Adour :

Pour les costumes de nos vallées, trois constantes s’imposaient :

-les vêtements devaient être chauds, car le climat était plus rude qu’aujourd’hui.

-ils devaient être solides pour durer longtemps, car les travaux étaient pénibles et les montagnards n’étaient pas riches.

-ils devaient être faits dans des matières disponibles sur place : laine et lin. Avec la laine on tissait la bure ou le droguet et avec le lin on tissait le coutil, ainsi que des tissus plus légers. Les femmes portaient des sous-vêtements de lin : une chemise longue avec des manches (era camisa), une culotte fendue (eth pisho-dret), et un jupon plus ou moins garni de dentelles (eth jupou). L’été elles mettaient par-dessus un jupon de lin plus épais, avec des rayures de couleurs sur fond blanc. L’hiver, elles ajoutaient une robe (era pelho) ou une jupe (eth coutilhou), avec un corsage ajusté (eth casabet) à manches longues. Les vêtements d’hiver étaient en droguet uni ou à rayures de couleurs vives. Le jupon d’été était en coutil. Elles protégeaient leur jupe avec un large tablier (eth davantaou), ou en la relevant vertugadin.

A cette époque, jupes et jupons sont larges (2,50m à 4m de tour) ; ils sont plissés en tuyaux d’orgue sur les hanches et dans le dos, en plis plats sur le devant. Les femmes enfilaient sur leurs jambes des bas ou des chaussettes, mais aussi des guêtres (eras caoussas) en laine tricotée ou en bure. Pour se mettre à l’abri des rigueurs de l’hiver, elles superposaient des châles en laine, en étamine. Sur la tête, elles portaient un carré de toile blanche ou à carreaux, plié sur la diagonale, croisé sur la nuque et noué sur le front (eth moucadou). Pour se rendre aux offices religieux, elles avaient une coiffure typique des vallées pyrénéennes : elles mettaient un capulet « eth capulet » noir, rouge, bleu ou blanc bordé de rubans noirs. On le portait plié sur la tête ou tombant sur les épaules.

Les costumes de travail étaient de couleurs sombres, en bure marron ou bleu marine ; les davantaous étaient noirs. On gardait pour les fêtes les rayures de couleurs vives et les tabliers en indiennes.

Les hommes portaient une chemise très longue en lin, ornée d’un plastron, era camisa.

L’hiver, ils enfilaient un pantalon long en bure, « eth pantalou » et des chaussettes tricotées avec des restes de laine ou une culotte courte accompagnée de guêtres, le tout également en bure.

A cette époque culottes et pantalons n’avaient pas de braguette, mais un « pont », comme ceux des marins aujourd’hui. Les hommes portaient sur la chemise, une veste courte en bure à manches longues « eth gilet » ou un gilet de laine qu’ils tricotaient eux-mêmes, le filage et le tissage était réservé aux femmes.

Les bergers complétaient ce costume par une large cape de bure « era capa », dotée d’une sur cape plus courte « eth capet » dotée d’un grand capuchon.

L’été ils portaient des pantalons ou culottes en lin épais ou en coutil : ce tissu, s’il était teint en bleu, était tout-à-fait semblable à notre « jean » moderne.

En toutes saisons, les hommes enroulaient autour de leur taille une large ceinture en étamine de laine « era cinta ». Sur la tête, ils portaient le béret ou encore la bérétine « era beretina », sorte de bonnet de bure protégeant entièrement la tête et les oreilles.

Hommes et femmes portaient habituellement des sabots à nasettes « eths esclops coumus », la pointe relevée à l’avant du sabot servaient tout simplement à nettoyer la semelle.

 

Les chaussures servaient aux offices religieux et aux fêtes. L’été, ils étaient très souvent pieds nus.

Les hommes utilisaient des chaussures basses en peau de veau ou de vache, maintenues avec des lacets, sans semelles, qu’on utilisait avec plusieurs paires de chaussettes quand il y avait de la neige.

 

 

 

 

 

 

 

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